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  • Photo du rédacteurMOTHER MOÏRA

Hommage à ma mère imparfaite.

Dernière mise à jour : 29 août 2020


Photo de famille : Ma maman et moi, à la plage de Westende Bad.



Deux ans. 


Deux années que le monde d’où je proviens s’est éteint. 

Je ne m’y attendais plus. Tu m’as prise de court. 


J’ai passé tellement d’années à m’y préparer pour rien, que j’en suis venue à me dire que cela n’arriverait jamais. L’attente interminable de ta mort a fini par te rendre immortelle à mes yeux. Et pourtant, nous n’avions que cinq ans. 


Cinq ans.


Cinq années depuis mon départ loin de toi. 

J’étais tellement en colère. Je n’acceptais pas que tu sois malade. Je n’acceptais pas que tu sois différente. Je voulais que tu sois comme toutes les mamans. Je voulais être comme toutes les petites filles. Être comme toutes les familles. 


Je voulais être heureuse. 


Quand j’ai appris ton décès, le monde à arrêter de tourner correctement. 

Comment exister sans la possibilité de revenir vers toi ? Sans l’espoir de tout réparer un jour ? Sans toi quelque part dans ce monde, même loin de moi ? La colère n’avait même plus de raison d'exister, sans personne sur qui la déverser. 


Il a fallu que tu partes, pour que je me rende compte à quel point j’avais besoin de toi.

Jeune maman, j’avais plus que jamais besoin de la mienne. 


Depuis deux ans, je reconstruis mon idéal de la mère.

Cet idéal qui m’a depuis toujours éloigné de toi. Celui que je m’étais construit, petite fille, à l’image de ce que la société me proposait, me vendait, dans les contes, les médias, les familles de mes amis, … Un idéal duquel tu étais tellement loin, à l’opposé ! Un idéal fait de perfections, d’injonctions, de “il faudrait que”, de “tu devrais”, de “jamais assez”.  

Pendant ces deux années, j’ai cherché aussi à atteindre cet idéal, cette perfection.

Je voulais faire l’inverse de ce que tu avais fait. Donner à mon fils ce que j’avais désiré pour moi-même.


En chemin, j’ai découvert la vérité. La perfection était un faux-ami.

Cette image de la mère idéale n’était qu’un leurre. Elle n’amenait que frustrations, colères et pleures. Cet idéal crée par la société, était lisse, faux, raide, stérile, irréaliste, hors de la vraie vie des mères. 


Aujourd’hui, je sais. Tu n’étais pas une mauvaise mère ; tu étais juste en dehors de la société. Tu n’as jamais été dans la société. Tu étais punk et rebelle. Tu étais marginale. Tu étais artiste. Tu étais anticonformiste. Tu étais naïve. Tu étais rejetée par cette société. Tu n'étais pas dans le moule. Tu étais imparfaite. Tu étais vulnérable. Tu étais faible. 

Mais tu as été forte. Tu as fait ce que tu as pu. Tu n’avais pas les mêmes cartes en mains. Tu n'avais pas appris. Ta propre mère n'avait pas appris. 


Mais dans tes imperfections, sans t'en rendre compte, malgré toi, tu m'as appris, à moi. 

Tu m’as appris à prendre soin des autres. À être généreuse. À être éveillée et avoir soif de culture. Tu m’as appris l’amour de la musique et des connaissances. Tu m’as appris à apprendre. Tu m’as appris l’Art. Tu m’as instruit. Tu m’as obligé à être forte et indépendante. Tu as fait grandir mes épaules. Tu m’as donné de l’amour, beaucoup d’amour. Tu as attisé mon ambition. Tu m’as appris à m’ennuyer et nourris mon imagination. Tu as aiguisé mon esprit critique. Tu m’as appris à me suffire de ce que j’avais. Tu m’as appris à ne compter que sur moi. À ne pas avoir d’attentes envers les autres. À trouver les ressources en moi-même. 


J’ai appris à me détacher du modèle de la société. J’ai appris à dénaturaliser les évidences. J’ai appris qu’un petit appartement mal rangé vaut mieux qu’une grande maison stérile, car le temps passé à entretenir la matérialité et l’image de son foyer, est du temps qui n’est pas consacré à la famille qui y vit. Que les montagnes de linges peuvent être aussi grandes que l’amour apporté aux enfants. Que l’hygiène est une notion fondamentale, mais qui s’adapte au propre confort et besoin de chacun. Que d’être bien emmanché est bien moins important que d'avoir de quoi couvrir ses enfants, surtout s’il ne s'agit que de plaire aux autres ou avoir l’air “de”. Que l’important est de s’aimer soi-même et se sentir bien dans ses fringues et dans sa peau. J’ai appris que les cris et les désaccords sont monnaie commune dans chaque famille. Que l’important est d’apprendre à se réconcilier et pardonner. Que la rancune ne paie jamais. 


J’apprends à aimer chaque personne de ma famille pour ce qu’elle est, sans vouloir la changer. J’apprends à ne plus juger hâtivement. J’apprends à voir le bon dans chaque personne et chaque situation. J’apprends à lâcher prise. J'apprends la résilience. J'apprends le pardon. J’apprends la gratitude. J'apprends à aimer, en commençant par moi-même. J'apprends à être assez, et laisser les autres, être assez. J’apprends l’amour de l’imperfection. 

Aujourd’hui, deux ans après la période la plus dur de ma vie, je peux le dire ; je suis heureuse. Je guéris la petite fille qui est en moi, j’apaise l’adolescente, et je laisse la femme me guider jours après jour, dans la confiance et la bienveillance. 


J’apprends à être mère, continuellement ; ni bonne, ni mauvaise. Je fais de mon mieux avec mon balluchon, composé de veilles casseroles et de belles porcelaines, d’argenterie et de couteaux acérés. Il est unique. Ce passant de génération en génération, aujourd’hui, il m’appartient. Il est le résultat d’objets hérités de mes aïeuls et d’autres glanés en chemin, comme ma mère avant moi, et la sienne avant elle. 


Aujourd’hui, je sais maman. Aujourd’hui, Je t’Aime. 


Merci d’avoir été cette mère imparfaite. Merci de m’avoir accueillie dans ta famille imparfaite. Merci de m’avoir donné cette vie imparfaite. Merci pour cet amour imparfait. 


Grâce à toi, je suis authentique. Je suis moi-même et j'ai confiance en moi. Je m’éveille à la lumière qui est en moi, pour libérer les abîmes qui t'entravaient. 


Bientôt, nous serons délivrés de nos dernières ronces et épines.


Comme tu me disais toujours : “Le soleil au bout du chemin, toujours.


Anne Detry : 22 avril 1959 - 14 mars 2018.

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